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Un martyr : l’abbé Niort

Du ventre fécond, la bête immonde peut renaître…
Une longue chronologie de 400 pages à la seule gloire des « résistants » (1). Par un historien estampillé bon républicain, qui rappelle à ses lecteurs que leur vigilance ne doit point faiblir, et que « …c’était tout juste hier et demain n’est pas loin. L’Histoire verra bien quelle sera alors leur attitude devant de tels faits, si par malheur ils venaient à se reproduire » (page 3). Si détestable que puisse être ce travail partisan, il faut en dire un mot : sur le martyre de  l’Abbé Niort, 65 ans, curé de Tautavel (P. O.).

L’ouvrage de l’historien apporte des éléments nouveaux sur l’affaire qui conduisit l’abbé Niort à la fusillade. A la suite de son arrestation l’Abbé Niort fut incarcéré à la Citadelle de Perpignan : thorax enfoncé, côtes cassées, ongles, cheveux, poils arrachés, chair déchirée avec des tenailles. C’est dans cet état qu’il comparut devant la cour martiale. Pour qu’il pût tenir jusqu’à l’exécution, on lui fit des piqûres, et il fut ainsi fusillé. La police dut protéger son cadavre ; car les gens allaient à la fusillade comme au cirque ; et ainsi on a vu des femmes se précipiter sur les cadavres et les piétiner.
Le « Républicain du Midi », quotidien communiste de Perpignan, qui par acte de banditisme s’empara du journal « L’Indépendant » (2) relatait ainsi sa version de la tuerie de l’Abbé Niort : « Cour martiale du 15/9/44 : « Niort Léon, 65 ans, curé à Tautavel, accusé de propagande antinationale, d’être en relations constantes avec des officiers allemands, d’avoir dénoncé des patriotes français dont 16 furent arrêtés, d’avoir caché des armes dans l’Eglise et signalé une manifestation patriotique qui a eu lieu le 14 juillet dernier à Tautavel, est condamné à mort. »
Deux jours après « Républicain du Midi », exulte sous le titre redondant « Justice est faite » : « Le nommé Niort, condamné à mort par la cour martiale dans son audience du 15 septembre, a été exécuté par fusillade samedi matin sur les glacis de la Citadelle de Perpignan. ». La cour martiale était composée des « patriotes » Coll, Djian, Pierron, Berthaud, Tony, Casse. Mais aussi un Cdt Delpont. Or, j’avais eu connaissance en son temps de cette « affaire Niort » mais j’ignorais qui était ce Delpont, et seule la composition de la cour martiale, ne mentionnais pas le rôle exact joué par ces « justiciers ».
Sur ce Delpont-là, Jean Larrieu, apporte un témoignage précieux : ce personnage était l’instituteur du village de Tautavel ; assouvissant une rancune, mêlée de haine, il devint l’inquisiteur de l’ecclésiastique. Ainsi que le relate Jean Larrieu, de l’affaire qui amena à l’assassinat de l’abbé Niort : « Un détachement de la Milice se rendant à Vingrau dans le but de s’approvisionner en vin surprend dans une remise un groupe de jeunes avec l’instituteur de Taltahull (3) manipulant des armes. Une brève lutte a lieu, la Milice mène seize prisonniers à Perpinyà, récupère l’armement parachuté la veille sur le terrain. Ouvrage qui aurait dû être transporté à Perpinyà au local de la Pépinière où M. Fabre du MLN constituait […] un stock pour le jour J.
Cette affaire devait être à l’origine d’une des « bavures » de l’épuration (4). Cette arrestation a été fortuite. Elle est due à l’imprudence du responsable local du MLN et à sa désobéissance (5). Il n’a pas fait porter les armes du parachutage à Perpinyà, comme il en avait l’ordre. Il ne résista pas au plaisir de les montrer en plein jour à des jeunes de Taltahull et fut d’ailleurs légèrement blessé dans la courte bagarre dans la grange. Instituteur dans le village, en querelle avec le curé, pétainiste fervent et bavard impénitent, il devait être à l’origine de sa condamnation à mort par la Cour Martiale. Le curé allait souvent à Perpinyà chez un pharmacien milicien et critiquait les ennemis du régime de Vichy. Arrêté à la Libération, ce Milicien raconta que le curé venait régulièrement lui faire des rapports. Le curé fut jugé en Cour Martiale où siégeait l’instituteur qui fit tout pour obtenir sa tête et l’obtint.
Malgré les remarques de la défense : jamais avant ce jour la Milice ne vint à Taltahull ni enquêter ni inquiéter quiconque. Les lettres attribuées à l’abbé Niort n’étaient pas signées [et sans preuves] le curé fut condamné à mort. Il fut exécuté par balles au pied des remparts de la citadelle dans une hystérie telle (lynché avant d’arriver au lieu d’exécution par la foule ; il fallut l’attacher au poteau ; des femmes allèrent tremper leur mouchoir dans son sang) que le Comité Départemental de Libération ordonna que désormais les exécutions auraient lieu à huis clos au stand de tir Dugommier sur la route d’Elna. Quelques temps après la Cour de Cassation devait casser tous les jugements de la Cour Martiale des Pyrénées-Orientales ! […]
Delpont était connu de la Milice. Prisonnier de guerre, puis libéré, l’instituteur de Taltahull avait repris son poste et était dans le village responsable du « Colis du Prisonnier » et du Foyer de la Légion Française des combattants dont il était membre. Ce fut pour lui une excellente couverture pour ses activités résistantes. […] Ses relations avec l’Abbé Niort, étaient franchement mauvaises, entre l’homme de gauche anti-clérical et le curé vichyste antirépublicain, on en était resté à 1905. […] le curé a eu, certes, des choses à se reprocher mais, en cette affaire, je reste persuadé qu’il n’y était pour rien. » (pp.  334, 335, 336)

Pas un mot de compassion de Larrieu pour l’abbé Niort qui avait « des choses à se reprocher », ce qui évite à notre historien de ne pas se soucier du châtiment qu’aurait mérité l’ignoble individu de Delpont, qui était lui-même responsable du crime imputé à l’abbé.
Mais le machiavélique « commandant » Delpont a-t-il été jugé pour son crime abominable ?

M. l’abbé Niort fut bien plus tard réhabilité…

Joseph Michel Vilà

(1) Jean Larrieu « Vichy, l’occupation nazie et la résistance catalane ». Ed. Terra Nostra, BP 50, 66500 Prades.
(2)  Le directeur de « L’Indépendant » périt en déportation, ce qui n’empêcha pas les socialistes, avec les communistes de spolier ce quotidien. Au terme d’une longue procédure, justice fut rendue, les staliniens renvoyé à leurs vomissures…
(3) En français : Tautavel. Les toponymes sont en catalan.
(4) « Bavure » de l’épuration ? Je rêve ? Delpont avait sans aucun doute, connaissance des recommandations du Comité central des Mouvements de Résistance Français décrétées le 15/10/1943, rubrique « Exécutions sommaires »
(5) « Charlebagne » a érigé en vertu la « désobéissance » alors pourquoi ce reproche au « commandant » Delpont ?

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