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Terreur 1944

«Depuis plusieurs mois les «résistantialistes» assassinent des Français : l’épuration annoncée par Londres et par Alger a commencé. Combien de camarades sont déjà tombés, et souvent les meilleurs ? Et la Milice Française, qui a succédé au Service d’Ordre Légionnaire (auquel j’ai adhéré en raison de ma formation maurrassienne et de ma vénération pour le Maréchal Pétain) la Milice, donc, ne réagit pas, désarmée, et cette inaction est étrange. Nous sommes fin 1943. Je donne ma démission, la mort dans l’âme, sentiment partagé par ma jeune épouse qui m’a déjà donné deux fillettes. Soumis désormais au STO, je suis employé à la Poudrerie nationale de Toulouse. Autour du 20 août 44, les Allemands et le convoi de la Milice ont quitté Toulouse.

De partout sont sortis, de leurs maquis, des «résistants», la plupart espagnols… Ils perquisitionnent, arrêtent, pillent et tuent… Je m’attends à l’arrestation. En congé chez mes beaux-parents, dans un village, à quelques kilomètres de Toulouse, je reviens à Toulouse à mon appartement où j’apprends que je suis déjà recherché. Un groupe d’espagnols me «loupe». Je préviens mes parents de mon arrestation imminente. Ils n’y croient pas, bien sûr… Puisque «je n’ai rien fait de mal». 24 août: Enfin, sur dénonciation, au village, deux voitures de maquisards (FFI et FTP communistes du groupe Matabiau -cheminots-) encerclent la maison. Je me rends, ils menacent «d’embarquer» aussi mon épouse, mais devant la proposition d’emmener aussi l’enfant de 2 ans, ils cèdent.Le trajet vers Toulouse, marqué par quelques arrêts, me paraît très long. Je prie et je récite mon acte de contrition… J’arrive à la gare Matabiau, hôtel de la Compagnie du Midi. Insultes, menaces d’une foule en délire. Fouille. Interrogatoire. Puis, dépouillé de tout, je suis «accompagné» au garage Laffont, près de la rue Bayard. Là, c’est la Cour des Miracles… Après les interrogatoires, certains sont déjà des loques humaines. Chaleur. Fumée. Puanteur. Les politiques, mêlés aux «droits communs» et avec les prostituées. Un certain «capitaine Louis», maquereau gominé, est le maître du garage. Nous en connaîtrons des capitaines, des lieutenants… A Toulouse, c’est le «colonel» Ravanel qui commande. De Gaulle le «remettra» lieutenant… Je suis interrogé deux fois à l’hôtel Terminus, par le commissaire Calvet («correct»). Deux des «inquisiteurs» s’appellent Sicre et Prunet. Au garage Laffont, il y a des scènes affreuses provoquées par «les visiteurs». On se bat aussi pour manger. Maman arrive un jour affolée. Elle m’apprend que Papa a été aussi arrêté et, en le cherchant, elle a trouvé ma trace. Il sera relâché quelques jours après… sa déposition à mon sujet !
2 septembre: C’est le départ pour la pension St Michel. Un autobus nous emporte sous la pluie…

LA PRISON ST MICHEL

L’arrivée dans la cour : le couloir du quartier II est envahi par des Espagnols armés de grenades autour de la ceinture. Alignés face au mur ils nous insultent : «Mauvès Francès !». J’atterris dans la cellule 11. Nous sommes vingt-cinq pour une cellule de douze détenus. Toujours les interrogatoires: c’est la 8e brigade de police criminelle qui m’inculpe, malgré un dossier bien maigre et de plus, ma lettre de démission de la Milice m’accable, ainsi que mon appartenance à l’Action Française. Nous sommes le 5 septembre. Nous pouvons recevoir quelques colis de linge ou de vivres. Ils sont supprimés vers le 15 ou le 18. Nous sommes au «secret» absolu.Une journée en taule est affreusement monotone : L’emploi du temps est chaque jour identique : sorties dans la cour à 8 h et 14 h pour vider les «tinettes», se laver et respirer un peu… La nourriture est affreuse : le soir, la Croix-Rouge fournit un petit repas ; les avocats, le «service médical», et l’aumônier apportent sous l’œil très vigilant des «gaffes» (les gardiens) une bouffée d’air plus pur. On joue aux cartes en silence, on discute mais à voix basse, et bientôt les couvertures et le linge sont envahis par les puces et les poux… Le «mitard» (cachot) est réservé aux récalcitrants : pas de paillasse, à l’eau et au pain sec.Peu à peu, la cellule 11 se vide. Trois camarades, des cultivateurs du Gers, Castex, St Lannes et Marchezin, obscurs «pétainistes» sont fusillés. D’autres partent, on les croit libérés. Où sont-ils partis ? Certains sont vraiment libérés et vont voir nos familles. Nous restons à sept. La cellule 8 est réunie avec la 11. On parle d’un départ pour le camp de concentration de Noé (à 35 Km de Toulouse) Enfin, nous quitterons cet enfer de St Michel, mais l’Archange, que nous invoquions chaque soir pour nous défendre dans ce nouveau combat, nous a protégés pour la plupart d’entre nous. Pour la Messe, le dimanche, la chapelle est bien remplie. Nous recevons nos grâces d’état et nos familles, qui souffrent cruellement, sont plus à plaindre que nous : démarches pénibles, insultes et avanies.

LE CAMP DE NOÉ

9 novembre : Dans la matinée, sous la pluie et par un autobus, départ pour le camp de Noé.Pendant les formalités, beaucoup de visages connus, camarades et amis viennent nous accueillir. Ils nous ont précédé. Ils ne sont donc pas perdus. Je m’installe à la baraque 106 de l’îlot spécial. C’est dans ce lieu que l’on parque les «individus dangereux». Heureusement, nous avons un détenu chef de baraque, ancien capitaine, qui maintient l’ordre par son autorité. Nous sommes sortis pâles, anémiés, déboussolés de St Michel, et ici nous entrons au Purgatoire.Je change de baraque : la 108/1 est plus calme et une bonne équipe de camarades se forme. Tous les soirs, récitation du Chapelet dans la baraque. Le 3 décembre, je vais communier. J’achète un Missel. J’étudie les Evangiles. Un détenu fabrique des crucifix avec des boîtes de conserves… Le 14 février, après cinq mois et demi de séparation, je reçois la visite, maintenant autorisée, de mon épouse, qui attend un bébé pour la fin mars. Le 26 février, je suis jugé par la Chambre civique près la Cour de Justice de Toulouse. Condamné en raison de «mon indignité» à 20 ans de dégradation nationale. Ce qui est pire que le port de «l’Etoile jaune», puisqu’elle prive de tous les droits familiaux, civiques, professionnels. Le 30 mars, Vendredi Saint, une autre petite fille prénommée Renée-Andrée est venue au monde. Nouveau rayon de soleil dans la grisaille monotone du camp. Les fêtes de Noël et de Pâques sont vraiment en ces lieux les fêtes de l’Espérance. Après 315 jours de détention, le 5 juillet, je suis appelé sous les drapeaux avec ma classe (mais ma situation de famille, 3 enfants, m’en dispense) et c’est une libération en somme anticipée… Après avoir connu, en taule, le «dessous de 0», il faut repartir à zéro parmi les «Epurés» et parmi ceux qui ont pris tout de suite toutes les places. Mais, protégé par le Ciel, on peut témoigner, quarante-cinq après. Il faut témoigner en pensant à ceux, tant de Français, qui pendant ma détention ont payé de leur vie leur fidélité : Robert Brasillach à Paris, Henry Frossard et Marcel Saint-Jean à Toulouse, Christian de Lorgeril à Carcassonne, l’Abbé Niort à Perpignan.
A tous, connus ou inconnus, je dédie ce témoignage, vécu, banal, courant, commun pendant la Terreur 44, organisée par des Français (souvent démocrates «chrétiens») contre des Français, sous le règne de Charles Le Mauvais.»

UN ANCIEN DE L’ARCHE
Décembre 1990

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