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Marsac

En ce temps-là, 1944-45, où les « démocrates » se débarrassaient de leurs ennemis en toute impunité, le département de la Côte-d’Or fut particulièrement éprouvé. De nombreuses exactions y furent commises par les «patriotes», en voici un triste épisode :
Voici donc ce qu’il advint du  commissaire Marsac, à Dijon, le 16 février 1945  (1), et ce que le «Bien Public» des 15 et 16/2/45 pouvait en écrire. Le 15, gros titre  : « Coup de théâtre à la cour de justice de Dijon : le procès
Marsac est ajourné jusqu’à la fin des hostilités ».

L’avocat du commissaire Marsac avait, en effet, déposé des conclusions qui furent adoptées par la cour malgré l’opposition du commissaire du gouvernement : « Attendu que les débats pourraient provoquer les représailles les plus graves contre des déportés encore aux mains de l’ennemi…» L’avocat, commis d’office, en cette affaire fut admirable. « Le Bien Public » note que la foule à crié : « A mort Marsac !» et que « dans la soirée, le Préfet a reçu une délégation de parents de fusillés et de déportés venus lui exprimer leur indignation ». Le lendemain « Le Bien Public » écrit : « Marsac est lynché et pendu par la foule. Plusieurs milliers de manifestants ont pris d’assaut la prison de Dijon d’où ils ont extrait l’ex-commissaire de police […] Cette exécution sommaire avait été précédée d’un meeting qui avait réuni 25.000 Dijonnais (2).» Il avait été organisé par le Comité de libération de la Côte-d’Or, les organisations de la Résistance, les partis politiques résistants et la CGT… Dès 14 heures, la place est noire de monde… De la foule émergent des pancartes portant : « A mort Marsac ! » On entend d’abord le maire de Dijon : « Le peuple a le droit de manifester sa réprobation contre une décision de justice inique… Qu’aucune violence ne vienne ternir le nom de Dijon !» Le président du CDL, déclare que la foule qui se presse à cette réunion montre que le sens de la justice n’est pas mort en France : « On a osé renvoyer le procès du plus grand criminel de la région !» Il est reproché au défenseur de Marsac d’avoir fait le procès de la Résistance et il termine sur ces mots : « Nous en avons assez de ces maquignonnages et de ce truquage de la vérité. Il faut faire résonner le cri de la Liberté et de la France !»  Les humanistes du Parti communiste, s’élèvent : « contre la défense qui a voulu faire le procès de la Résistance… » Même le Chanoine Kir déclare que le peuple, tout en conservant son calme et sa dignité, a le droit de s’élever contre des décisions qui heurtent la moralité nationale. C’est bien vu, pour des démocrates ! D’autres affirment, toujours d’après le « Bien Public » : «Ne veut-on pas cacher des complices ? [Il faut] que des criminels tels que Marsac soient déférés devant des cours martiales « Nous ne voulons plus, dit-il, des cours de justice !»
Bref, tous ces braves à trois poils demandent aux assistants de se rendre en cortège devant le Palais de Justice, puis devant la prison, non sans avoir fait prononcer ce serment aux assistants : « Nous jurons de venger nos morts !» Ce qui arrive ? La cour extérieure de la prison, dont les portes sont ouvertes, est rapidement envahie : « Le président du CDL tente d’apaiser les manifestants. Plusieurs hommes apportent un tronc d’arbre qui défonce la porte. La foule s’engouffre à l’intérieur de la prison. Une trentaine de policiers armés de mitraillettes en assure la garde, mais ils sont rapidement submergés… Une porte située à gauche est défoncée, tandis que d’autres manifestants se répandent dans les terrains entourant la prison pour empêcher toute tentative de fuite… Marsac, qui occupe au rez-de-chaussée la quatrième cellule à gauche, en est rapidement extrait et livré à la fureur populaire. Ce n’est qu’un cadavre couvert de sang qui sera pendu à 16 h 30, rue d’Auxonne, à quelques pas de la prison, à un poteau de signalisation routière. Le corps fut ensuite décroché et transporté devant l’Hôtel-de-Ville où il fut accroché aux grilles. Le cadavre fut également traîné dans plusieurs rue de la ville. Dans la soirée, une camionnette de la police le ramena à la morgue.»
Le commissaire
Marsac, âgé de 29 ans, n’était pas un traître à son pays ; ayant même dû s’enfuir au maquis pour échapper à la Gestapo ; c’est là qu’il fut arrêté par des « patriotes ». Car il avait dû, à la suite d’un attentat contre un « Foyer allemand » arrêter plusieurs élèves de l’Ecole normale d’instituteurs. C’est-à-dire faire son travail de policier judiciaire.  Malheureusement, les Allemands exigèrent la livraison de cinq d’entre eux qui furent fusillés.
Le calvaire de
Marsac doit être connu : il subit d’horribles sévices avant d’être lapidé et pendu  ; assommé à coups de bâton et eut les yeux crevés. C’est ainsi que son corps fut traîné et promené dans les rues par des gamins que les gendarmes et les « policiers » laissèrent faire. Il fut ensuite pendu. L’autopsie du cadavre démontra qu’aucune des blessures qu’il portait n’était mortelle. Imaginez donc le calvaire que subit le malheureux commissaire. Mais n’est-ce pas Charlebagne qui s’exclamait : « Où est la guerre civile ?».

(1) Nombre de fonctionnaires ne jugèrent pas nécessaire de fuir, aux jours mauvais. Ce fut une erreur, que ne commirent pas des écrivains comme Céline, qui, lui, ne faisait aucune confiance aux « démocrates ». Et jugez combien la haine est tenace : «…Pour moi, Céline n’est pas un homme mais un chien. » (J. Lanzmann, février 87)

(2) Sans doute 2.500. Ce qui serait plus vraisemblable.

Matériel utilisé :
« Les Ecrits de Paris » juin et août 1951
« Le livre noir de l’épuration » Lectures Françaises août-septembre 1964

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